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Jeu collectivité territoriale : citoyenneté, services publics, formation interne

Un jeu commandé par une collectivité territoriale n'a pas un seul visage. Il peut viser le grand public — sensibilisation citoyenne, écologie urbaine, valorisation patrimoniale — ou les agents en interne — formation au cadre statutaire, intégration des nouveaux arrivants. Les deux usages partagent la même fabrication mais imposent des cadrages opposés. Cet article démêle les deux logiques, et précise les bonnes pratiques marché public et accessibilité.

Un directeur général adjoint d'une intercommunalité du sud-ouest nous a contactés l'an dernier avec une formulation qui résume bien la situation du secteur : « On veut faire un jeu pour expliquer aux administrés ce que fait la communauté de communes au quotidien. Mais en réunion interne, mes services se demandent si on ne devrait pas plutôt faire un jeu pour former nos propres agents au fonctionnement de la collectivité. Bref, on ne sait plus pour qui. » Ce flou initial est le piège classique des projets en collectivité — et il a une cause claire : un jeu peut effectivement servir les deux publics, mais pas le même jeu.

Cet article propose une lecture par usage, en distinguant systématiquement la cible avant la mécanique de jeu. C'est l'inverse de l'approche tentante (« faisons un jeu, on verra qui le joue ») et c'est ce qui distingue un projet qui aboutit d'un projet qui s'enlise.

Un jeu vers les usagers est un outil de communication. Un jeu vers les agents est un outil de formation. Les deux peuvent être commandés sous la même ligne budgétaire, mais ils n'obéissent pas aux mêmes règles.

Deux usages distincts : jeu vers les usagers vs jeu interne

Le jeu vers les usagers est un outil de communication publique. Sa cible est large, hétérogène, peu captive. Il doit séduire en quelques secondes (présentoir d'accueil, événement public), être compréhensible sans formateur, et porter un message politique fort dans un format léger. Les thématiques classiques sont la citoyenneté (rôle des élus, mécanique du conseil municipal, élections locales), l'écologie urbaine (tri sélectif, mobilités douces, consommation responsable), la valorisation patrimoniale (jeu de découverte du territoire, parcours touristique ludique), et l'action sociale (information sur les aides, sensibilisation aux discriminations).

Le jeu interne mairie ou département a une logique inverse. Sa cible est restreinte, captive, professionnelle. Il sert à former les agents sur des sujets précis : intégration du nouvel arrivant, fonctionnement administratif et juridique, déontologie de l'agent public, marchés publics, simulation de débat citoyen pour les agents en contact avec les administrés. Le format peut être plus dense, plus textuel, plus exigeant — parce que les apprenants sont là pour ça. La densité de contenu est un atout, pas un défaut.

Confondre les deux briefs produit toujours un échec : un jeu pédagogique trop dense pour le grand public, ou un jeu de communication trop superficiel pour la formation interne. La règle de cadrage : on tranche d'abord la cible, puis on choisit la mécanique.

Le jeu de plateau du conseil municipal : simulation de débat citoyen

Un format mérite une attention particulière car il est devenu emblématique des collectivités les plus engagées dans la démocratie participative : le jeu de plateau de simulation de débat citoyen. Le principe est simple : un plateau représente la commune, des cartes-événements génèrent des situations à débattre (installation d'une éolienne, refonte d'un quartier, fermeture d'une école, projet culturel). Les joueurs incarnent des rôles différents (élu, administré, agent technique, association locale, journaliste) et doivent débattre, négocier, voter.

L'usage de ce format est double. Vers le grand public, il anime des sessions citoyennes (semaine de la démocratie, conseils citoyens, ateliers en lycée). Vers les agents, il sert à la formation des cadres territoriaux à la prise de parole en réunion publique, à la gestion de l'objection citoyenne, à la médiation de conflit. Ce double usage justifie un investissement de conception élevé, mais impose deux jeux de cartes-événements différents (langage et complexité adaptés à chaque public). Le plateau et le matériel principal sont mutualisés. Voir notre article sur le serious game pour la méthodologie de conception.

Trois cas d'usage concrets

Mairie. Une mairie de ville moyenne a fait fabriquer un jeu de cartes pour expliquer le tri sélectif et la collecte des déchets aux administrés. Format : un jeu de cartes en boîte, distribué gratuitement à l'occasion d'un événement environnemental annuel, également mis à disposition en mairie et en école. Le jeu sert d'objet conversationnel entre agent du service propreté et administré, avec une fonction pédagogique pour les enfants en classe.

Conseil départemental. Un conseil départemental a commandé un jeu de plateau pour former ses agents nouvellement recrutés au fonctionnement de la collectivité (compétences obligatoires, articulation avec les communes et la région, déontologie statutaire). Le jeu est intégré au parcours d'intégration obligatoire des nouveaux agents, animé par la direction des ressources humaines lors des sessions d'accueil. Le département a également commandé une version dérivée à destination des collégiens, pour expliquer le rôle du département dans les politiques jeunesse — même plateau, cartes adaptées.

Communauté de communes. Une intercommunalité rurale a fait fabriquer un jeu de découverte du territoire à destination des touristes et des nouveaux habitants. Format : un jeu de cartes avec un livret-carte, distribué dans les offices de tourisme et les mairies du territoire. Le jeu joue un double rôle — promotion touristique et valorisation patrimoniale auprès des habitants. La version bilingue français/langue régionale a été demandée et produite sans surcoût industriel significatif.

Marchés publics : comment cadrer un appel d'offres pour un jeu sur mesure

L'achat d'un jeu sur mesure par une collectivité passe par les procédures de la commande publique. En-deçà du seuil de la procédure formalisée (à vérifier en regard de la dernière actualisation réglementaire en vigueur), la collectivité peut passer une commande de gré à gré ou en procédure adaptée. Au-dessus du seuil, un appel d'offres ouvert ou restreint avec rédaction d'un cahier des clauses techniques particulières (CCTP) est requis.

Quatre points doivent être précisés dans le CCTP pour éviter les ambiguïtés ultérieures. Premier point : la propriété intellectuelle. Le jeu est-il un développement spécifique cédé à la collectivité, ou un jeu sous licence du fabricant avec droit d'usage ? Les deux modèles existent, et leur coût n'est pas le même. Deuxième point : les délais opposables, à articuler avec le calendrier événementiel ou pédagogique de la collectivité. Troisième point : les livrables exhaustifs (jeu lui-même, livret animateur, fichiers source pour réimpression éventuelle). Quatrième point : les exigences d'accessibilité à respecter — voir section suivante. La méthodologie générale est détaillée dans notre article cahier des charges jeu de société.

Coûts et MOQ : ce qu'on ne vous dit pas dans le devis initial

Le devis initial d'un projet de jeu collectivite territoriale citoyennete services publics cache presque toujours trois variables qui font basculer le budget final. Première variable : la MOQ réelle par composant. Un fabricant peut afficher un MOQ global, mais imposer des minimums distincts par sous-élément (cartes spécifiques, pelliculage soft-touch, pions bois imprimés). Le devis annoncé en MOQ globale est donc rarement le devis réel à l'arrivée — d'où l'importance d'exiger une décomposition par composant pour évaluer la cohérence du chiffrage.

Deuxième variable : le coût d'outillage des matrices et plaques. Pour une série offset, les plaques représentent un investissement initial amorti sur la quantité. Sur les petites séries, ce coût d'outillage est mécaniquement plus lourd par unité — ce qui peut transformer la perception du prix unitaire affiché. Tout devis sérieux distingue le coût matière, le coût outillage et le coût main-d'œuvre. Si votre devis affiche un seul prix unitaire sans décomposition, demandez-la systématiquement.

Troisième variable : le coût logistique post-production. Cellophane individuel, mise en carton master, palettisation, étiquetage, transport multi-sites, assurance : ces lignes sont régulièrement oubliées dans le premier chiffrage. Pour les projets B2B livrés sur plusieurs sites France (cas typique d'un grand groupe distribuant son jeu collectivite territoriale citoyennete services publics à plusieurs antennes régionales), exigez une simulation logistique chiffrée avant signature. Cette précaution évite la surprise d'une facture finale supérieure au prévisionnel.

Côté MOQ, plusieurs paliers économiques structurent le marché : un petit volume pour un projet test (coût unitaire élevé mais investissement maîtrisé), un volume intermédiaire pour un déploiement initial (coût unitaire qui descend), un grand volume pour un déploiement large (coût optimisé), un très grand volume pour un projet stratégique multi-année (coût plancher). Choisir le bon palier suppose d'arbitrer entre risque commercial et économie d'échelle — l'erreur classique est de viser entre deux paliers et de payer le coût unitaire d'une petite série sans bénéficier d'une vraie économie d'échelle. Pour un devis cadré sur votre besoin réel, notre équipe revient vers vous sous 48h.

Les 5 pièges classiques à éviter sur un projet jeu collectivite territoriale citoyennete services publics

Sur les centaines de projets de jeu collectivite territoriale citoyennete services publics que nous avons accompagnés depuis 2018, cinq erreurs reviennent plus souvent que les autres. Les identifier permet de gagner plusieurs semaines sur le calendrier projet et de mieux maîtriser le budget. Voici la liste, dans l'ordre de fréquence observée.

Piège n°1 : briefer le fabricant trop tôt. Avant le contact fabricant, quatre décisions internes doivent être tranchées : public cible précis, contexte d'usage (réunion, salon, kit envoyé), comportement attendu, circuit de validation interne. Sans ces quatre décisions, tout devis est arbitraire — donc inutile. Cette erreur génère systématiquement plusieurs allers-retours commerciaux et plusieurs semaines de calendrier perdues.

Piège n°2 : sous-estimer le délai de validation interne. Le délai annoncé par le fabricant démarre généralement après validation du Bon À Tirer. Or la validation du BAT prend souvent plus de temps que prévu côté client : allers-retours graphisme, validation juridique pour le packaging, vérification conformité interne. Anticipez ce temps de validation dans votre rétro-planning.

Piège n°3 : ne pas tester le prototype en conditions réelles. Un prototype validé "au bureau" peut révéler des défauts critiques en condition d'usage (lumière de salle, durée d'attention, contexte multi-joueurs). Une session test structurée avec des testeurs représentatifs du public final révèle la majorité des défauts critiques avant la production série.

Piège n°4 : négliger la phase post-fabrication. Conditionnement, mise sous kit, stockage, expédition fractionnée : ces étapes représentent une part non-négligeable du budget total mais sont souvent oubliées dans les premières estimations. Cadrez-les dès le brief initial pour éviter les mauvaises surprises au moment de la livraison.

Piège n°5 : sous-investir dans le briefing créatif. Un briefing créatif riche en références visuelles et précisions textuelles réduit massivement le nombre d'allers-retours en phase maquette. Un brief vague génère mécaniquement des coûts de réajustement importants et un calendrier qui dérape. Investissez du temps dans le brief avant de lancer la fabrication — c'est le meilleur ROI sur un projet de jeu collectivite territoriale citoyennete services publics.

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Johanna Bertin, responsable projets B2B chez Imprim'ton jeu

L'auteur

Johanna Bertin est responsable projets B2B chez Imprim'ton jeu, fabricant français de jeux et accessoires personnalisés pour entreprises depuis 2018. Elle accompagne les collectivités territoriales — mairies, départements, communautés de communes — dans la conception de leurs jeux vers les usagers ou de formation interne des agents.

Questions fréquentes

Comment passer commande d'un jeu en marché public ?

Trois voies coexistent. Premièrement, en-deçà du seuil de la procédure formalisée, la collectivité peut passer une commande de gré à gré ou en procédure adaptée, avec mise en concurrence de plusieurs prestataires. Deuxièmement, au-dessus du seuil, un appel d'offres ouvert ou restreint avec rédaction d'un cahier des clauses techniques particulières est requis. Troisièmement, certaines collectivités passent par un accord-cadre déjà conclu pour les supports de communication ou de formation, ce qui simplifie la commande unitaire. Le plus important : préciser dans le CCTP la propriété intellectuelle, les délais, les livrables et l'accessibilité.

Comment rendre le jeu accessible aux personnes en situation de handicap ?

Quatre dimensions d'accessibilité méritent d'être traitées dès le cahier des charges. Pour le handicap visuel partiel, un contraste fort, des typographies sans serif de taille minimum 14 points et l'évitement des codes couleur uniques. Pour le handicap visuel total, l'ajout de braille ou de pictogrammes tactiles sur les éléments clés. Pour le handicap cognitif, des règles simples (moins de cinq éléments à mémoriser simultanément, langage clair, pictogrammes répétés). Pour le handicap moteur, des pièces de jeu facilement préhensibles. Toutes les dimensions ne sont pas pertinentes pour chaque projet — il faut prioriser au brief.

Un jeu pour le grand public et un jeu pour agents : même fabrication ?

Du point de vue de la fabrication industrielle, oui — le processus de production est identique. Du point de vue de la conception, en revanche, les deux objets sont radicalement différents. Le jeu vers les usagers vise un public hétérogène (âge, milieu social, aisance avec l'écrit) et privilégie l'accroche, l'esthétique, le visuel. Le jeu vers les agents vise un public homogène professionnel et privilégie la densité de contenu, la précision, l'utilité opérationnelle. Confondre les deux briefs produit toujours un échec — chaque usage mérite son propre cadrage.

Le jeu est-il conforme aux exigences d'accessibilité numérique ?

Un jeu de société est par nature un objet physique, non soumis au Référentiel Général d'Amélioration de l'Accessibilité (RGAA) qui concerne les sites web et applications. En revanche, si le jeu comporte un volet numérique (application mobile compagnon, plateforme d'animation en ligne), cette partie numérique tombe dans le champ du RGAA et doit être conforme. Pour la partie physique, les bonnes pratiques d'accessibilité universelle s'appliquent, sans cadre normatif aussi formel que le numérique.

Peut-on faire un jeu bilingue français + langue régionale ?

Oui, c'est techniquement simple et culturellement précieux pour de nombreuses collectivités. Plusieurs régions en France ont des langues régionales actives (breton, basque, occitan, corse, alsacien, catalan, créoles ultramarins) que les collectivités souhaitent valoriser. La conception bilingue impose une planche graphique pensée pour deux langues dès l'origine (espace texte suffisant, choix de typographies compatibles avec les caractères spécifiques), pas un ajout après coup. Le surcoût industriel est faible : un seul jeu de plaques par version linguistique, le reste du processus est identique.

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